Les résultats du premier tour de la Présidentielle 2007 sont assez
déroutants pour qui croit sincèrement dans les vertus de la démocratie.
Si on compare ces résultats à ceux du Référendum sur le traité constitutionnel
européen de 2005, on ne peut manquer de s’étonner. En effet, alors même que seuls
45% des électeurs avaient, en 2005, défendu ce traité ; ils sont, en 2007, 77% à
voter pour un candidat défendant ledit traité.
Quelles hypothèses peut-on faire pour interpréter ce différentiel ?
- La première hypothèse consiste à dire que les électeurs ne votent pas
pour des idées, mais pour des images. Dès lors, ils peuvent voter pour un candidat
qui va contre leurs idées. Cette réponse n’est bien évidemment pas celle de la
majorité des commentateurs politiques, qui ne manquent jamais de souligner l’intelligence de l’électorat.
- La deuxième hypothèse a bien plus de succès au sein des journalistes politiques.
Elle revient à dire que les questions internationales, et notamment européennes, ne sont
pas structurantes de l’élection présidentielle. Autrement dit, l’Europe ne serait pas au
centre des préoccupations des électeurs. Cela rendrait la dichotomie entre ces deux résultats
moins incohérente. Mais cela apporterait une nouvelle preuve de l’ignorance des électeurs
puisque 80% des lois votées en France, et non des moindres, ne sont que l’application de
lois européennes. L’enjeu européen est donc bien le premier enjeu des élections nationales...
quoi qu’en aient dit les candidats dominants de l’élection (qui avaient tout intérêt à
étouffer ces enjeux, pour mieux récupérer un électorat hostile).
- Enfin, dernière hypothèse crédible : l’opinion publique aurait changé concernant
ce Traité Constitutionnel. Mais qui croit sincèrement que si on devait aujourd’hui organiser
en France un référendum sur ce texte, le camp du Oui aurait la moindre chance de faire plus
de 75% (ou même plus de 50%) des suffrages exprimés ?
De toutes ces interprétations, il semble donc que seule la première soit valable.
Car si on part du principe que les électeurs votent de manière passionnelle, on peut tout
à fait comprendre l’irrationalité de leurs votes. La seconde hypothèse a également un
certain intérêt explicatif : connaissant l’immaturité de son électorat, et donc sa
versatilité, les candidats savent très bien changer les termes d’un débat afin que
des électeurs opposés à leurs idées votent finalement pour eux.
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