La faillite de la démocratie

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Constant, Principes de politique, II, 2

« Le droit de la majorité est le droit du plus fort, il est injuste »

« Toute décision collective, c’est-à-dire toute décision prise par une association d’hommes, est exposée à deux espèces d’inconvénients. Quand c’est la passion qui la dicte, il est clair que la passion peut conduire à l’erreur. Mais, lors même que les décisions de la majorité se prennent dans le calme, elles sont exposées à des dangers d’un autre genre. Elles se forment d’une transaction entre les opinions divergentes. Or, si la vérité se trouvait dans l’une de ces opinions, il est évident que la transaction n’a pu se faire qu’au détriment de la vérité. Elle peut avoir rectifié sous quelques rapports les opinions fausses ; mais elle a dénaturé ou rendu moins exacte l’opinion juste.

Il a été prouvé par des calculs mathématiques que, lorsqu’une assemblée se réunit pour faire un choix entre un certain nombre de candidats, d’ordinaire celui qui l’emporte n’est pas l’objet du plus complet assentiment, mais de la moindre répugnance. Il arrive aux opinions de la majorité la même chose qu’aux candidats dans les assemblées. Mais c’est un mal inévitable.
Le droit de la majorité est le droit du plus fort, il est injuste ; mais il serait plus injuste encore que l’autorité du plus faible l’emportât. La société devant prononcer, le plus fort ou le plus faible, le plus ou le moins nombreux doit triompher. Si le droit de la majorité, c’est-à-dire du plus fort n’était pas reconnu, le droit de la minorité le serait, c’est-à-dire que l’injustice pèserait sur un plus grand nombre. »

Constant ne s’en remet donc à la dictature de la majorité qu’à contrecoeur, faute de meilleure solution. Mais nous serions tentés de demander à Constant la raison du caractère inévitable du gouvernement par la majorité. Il semble répondre que c’est le moins mauvais des maux. Car c’est cela ou le gouvernement par la minorité. Mais, en quoi le gouvernement par une minorité de gens serait, comme le dit Constant, injuste ? A l’aulne de quel critère de justice parle-t-il ? Il semble s’en remettre au plus fort pour décider du juste là même où la justice a vocation à protéger le plus faible du plus fort. Il est évident que s’il définit la justice comme le droit de la majorité, il se condamne à se soumettre à la dictature de la majorité. Mais la justice ne pourrait-elle pas plutôt se définir comme l’intérêt général ?