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La discrimination positive

Un candidat, Nicolas Sarkozy, propose la discrimination positive. A sa droite, on critique cette idée gauchiste ; à sa gauche, on stigmatise une idée quasi-fasciste. Que penser donc de cette discrimination positive ?
Tout d’abord, il faut se mettre d’accord sur ce dont on parle. La discrimination positive consiste à rompre avec la méritocratie habituelle en donnant un poste, non pas à quelqu’un qui a les compétences pour l’occuper, mais à quelqu’un qui a telle ou telle couleur de peau (et dont on sait qu’il est habituellement discriminé « négativement » en raison de cette couleur de peau).
La première chose qui peut choquer dans cette discrimination positive réside bien évidemment dans ce critère racial. Cette thèse semble accréditer l’idée suivant laquelle il existerait des « races » (le mot figure dans notre Constitution...) bien déterminées. On ne peut accepter cette idée suivant laquelle il existerait, comme chez les animaux, des races humaines. Si l’on considère par exemple que les Noirs doivent faire l’objet d’une discrimination positive, que penser du métis qui n’est pas totalement noir ? Et que penser de celui qui n'a qu'un grand-père noir et qui est donc très clair ? Ces personnes doivent-elles aussi faire l’objet d’une discrimination positive ?
Ces quelques remarques suffisent à montrer l’absurdité d’une discrimination positive basée sur des critères « raciaux ». Il faudrait plutôt qu’elle s’opère sur des critères socio-économiques. Plus encore, il faudrait qu'elle se déroule, non pas à la fin des études, mais dès la maternelle. Sans cela, la discrimination positive se condamne à promouvoir des personnes qui n'ont pas les compétences souhaitées.

Mais, étonnamment, ce n’est pas ce racisme sous-jacent qui choque le plus les opposants à la discrimination positive. Le plus choquant serait la rupture avec l’idée républicaine de l’égalitarisme. En un sens, ces critiques sont légitimes : comment justifier la discrimination positive, comment justifier des mesures foncièrement inégalitaires si on continue toujours à se référer idéologiquement à l’égalité démocratique et républicaine ? En effet, si l’on croit que tous les hommes naissent libres et égaux, qu’aucune inégalité existe, à quoi bon s'en remettre à un traitement inégalitaire des individus ? Si tous les hommes sont vraiment égaux, il est certain que les traiter inégalement, c’est créer des inégalités. C’est donc inacceptable.
Cependant, si l’on reconnaît toutes les inégalités qui traversent notre société, on n’aurait beaucoup moins de réticences à introduire de l’inégalité pour réduire lesdites inégalités. Car c’est bien en traitant des personnes inégales de façon égale qu’on creuse les inégalités.

Et ce qui est vrai des hommes l’est des citoyens. Si l’on accepte l’idée de discrimination positive, on doit alors remettre en cause l’idée même de la démocratie et de l’éternelle égalité entre tous les citoyens.

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