La faillite de la démocratie

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L'écologie à la sauce démocratique

Al Gore sort un film événement ; Hulot fait signer un pacte écologique aux principaux candidats de l’élection présidentielle. En ce début d’année 2007, il semblerait que l’écologie soit, enfin, devenue un sujet de préoccupation majeur.
Cela semble entrer directement en contradiction avec l’idée selon laquelle la démocratie empêcherait toute vision à long terme, favorisant les candidats qui flattent nos instincts quotidiens au détriment de notre responsabilité sur le long terme. Il est indéniable que si ce souci écologique s’échappe des seuls cercles télévisuels et autres salles de cinéma pour prendre vraiment la forme de réformes politiques ; notre théorie politique s’en trouvera fortement ébranlé. Pour être plus exact, cette remise en cause pourra se faire si ces réformes voient rapidement le jour, et ne sont pas prises au dernier moment, quand nous serons dos au mur.
Or force est de constater qu’il faut attendre des dérèglements climatiques majeurs, qu’il faut attendre que ces dérèglements nous touchent de près pour que les thèses écologistes puissent trouver quelque écho dans l’opinion publique française. Et de l’écho à la réelle prise de conscience, le chemin est long. A cet égard, le score des Verts à l’élection présidentielle française risque de donner un bon baromètre de la véritable conscience écologiste du peuple français. Nous verrons alors si les Français sont prêts, non pas à acquiescer à de vagues réformes, mais bien à des mesures politiques qui les contraignent dans leur quotidien. Nous pourrons alors dire si le peuple français est disposé à sacrifier quelques facilités quotidiennes pour sauver des individus qui vivent à l’autre bout de la planète ou qui vivront dans quelques siècles.
Il est à craindre que la foule préfère voter pour des candidats dont les principales propositions vont à l’encontre d’un vrai programme écologiste ; et nous sommes disposés à prendre le pari que cette même foule accusera ensuite nos hommes politiques de ne pas adopter les mesures écologistes qui s’imposent...

Pourtant :

« En matière d’écologie, il ne sert à rien de rivaliser de gesticulations à l’encontre des gouvernements des grands pays. Il est aisé de se plaindre de ces gouvernants qui ne prêtent pas assez d’attention aux conséquences de leurs politiques sur l’environnement. Mais les plus écologistes d’entre nous ne vont pas jusqu’au bout de leurs raisonnements : ces gouvernements sont là parce qu’ils ont été élus par le peuple. C’est donc non seulement Bush, Blair, Chirac ou Poutine qui sont blâmables mais aussi et surtout ceux qui votent pour eux et donc, également, le système qui autorise ces électeurs inconscients à voter ! Tant qu’on ne passera pas à l’aristocratie, il n’y a donc pas d’issue pour ces problèmes écologiques.
Le devenir de la planète, et donc de notre espèce, est quelque chose de trop important pour être laissé entre les mains de la démocratie. Car la démocratie fait l’erreur de suspendre le destin de l’écologie à l’opinion de la foule. Or la foule préférera toujours défendre ses intérêts personnels et ne se résoudra jamais à s’infliger des contraintes pour sauver l’environnement. Seulement quelques gauchistes en mal d’idéaux sont prêts à commettre de tels sacrifices. D’ailleurs, le fait que nos démocraties laissent l’écologie n’être qu’un loisir de soixante-huitard n’est pas innocent. Cela permet d’appliquer une politique laxiste en matière d’écologie. Remettre le pouvoir écologiste dans les mains de ces individus permet de ne pas avoir à imposer trop de normes en ce domaine, alors même qu’il faut pratiquer ici une politique coercitive.
De sorte que l’impasse dans laquelle se trouve la démocratie face aux problèmes écologiques transparaît dans le seul fait que les écologistes en soient réduits à demander à chaque individu de prendre des mesures écologiques pour sauver la planète. Ils nous exhortent à ne pas utiliser de lingettes, à ne pas acheter d’aliments en emballages individuels, à ne pas accepter les sacs plastiques dans lesquels la caissière met nos courses. Bien sûr. Mais ces mesures ne devraient-elles pas plutôt être prise en amont ? On nous permet de polluer et on nous demande de ne pas polluer. Trop de responsabilités pour les hommes faibles que nous sommes.
Il est démagogique de croire et de faire croire que l’action éthique de quelques élites peut sauver une planète en proie à l’inculture de la masse. Ce ne sont pas les quelques écolos de l’Est parisien qui vont sauver la planète.
Les écologistes partagent avec les libéraux la naïveté de croire que l’homme est un agneau pour l’homme. Qu’il détruit son prochain par accident, « sans faire exprès » ! Pour sauver la planète, ils lui demandent donc d'acheter du café deux fois plus cher, de préférer les ampoules à basse consommation, de ne pas utiliser toute la puissance de sa voiture et de prendre une douche quand il veut prendre un bain... Autant demander à un enfant de ne pas manger les bonbons qu’on met sous son nez. Car la majorité de la population n’a pas l’éducation de cette élite bien pensante et n’a cure de la moralité.
Pourquoi les écologistes et les libéraux partagent-ils ce renoncement ? Tout simplement parce qu’ils ont pour point commun de défendre la démocratie. Les démocrates (aussi bien libéraux que gauchistes) en sont restés à la première thèse rousseauiste suivant laquelle tous les hommes naissent bons. Ils ont oublié que, selon Rousseau, la société les pervertissait aussitôt. Rousseau a-t-il foncièrement raison ? Peu nous importe. Peu importe de savoir si l’homme est bon à l’état de nature. Tout ce que nous savons, c’est que l’homme que nous connaissons n’est pas bon sans motif. Il est toujours plus sûr de le présumer mauvais. »

Olivier Drochon, La faillite de la démocratie (p. 127-129)

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