La faillite de la démocratie

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Les jurys citoyens et la démocratie participative

Aujourd’hui, un constat semble faire l’unanimité : la démocratie, bien que faisant appel au peuple, peine à entendre les volontés du peuple. Qu’est-ce qui est le plus grave dans cet état de fait ?
- Que le peuple veuille des choses inapplicables et contradictoires ;
- Ou bien qu’un régime politique qui s’en remet au peuple n’exprime finalement les idées que d’une certaine élite ?
D’un point de vue strictement démocratique, seul le deuxième point saurait nous choquer. Dès lors rien ne devrait nous entraver dans la quête d’une meilleure expression des revendications populaires. Et il est donc très délicat de s’opposer à l’idée de démocratie participative ou de jurys citoyens si l’on se dit démocrate.
Mais quel modèle donner à ces débats participatifs et aux jurys citoyens ? Le terme de « jury » nous invite évidemment à prendre modèle sur ce qu’il se passe au sein du tribunal. Cependant, si on regarde de plus près l’exemple judiciaire, on risque de faire tomber les illusions des démocrates les plus convaincus. D’une part, dans la plupart des grands systèmes judiciaires, on ne fait appel à des jurys populaires que dans les cas de grands procès, de cas particulièrement graves. Un peu comme la démocratie ne s’en remet au peuple que pour choisir les grandes lignes de la politique d’un pays. D’autre part, la délibération du jury n’est jamais aussi populaire qu’on ne le croit : elle est « aiguillée » par des experts (à savoir les magistrats.

C’est pourquoi, donner davantage de pouvoir politique aux citoyens, c’est prétendre qu’il existe un bon sens universel, un sens de la justice inné ; idée que même les plus grands démocrates n’ont pas défendue. Ainsi Rousseau écrivait-il dans Du contrat social, II, VI :
« De lui-même le peuple veut toujours le bien, mais de lui-même il ne le voit pas toujours. La volonté générale est toujours droite, mais le jugement qui la guide n’est pas toujours éclairé. Il lui faut faire voir les objets tels qu’ils sont, quelquefois tels qu’ils doivent lui paraître, lui montrer le bon chemin qu’elle cherche, la garantir de la séduction des volontés particulières, rapprocher à des yeux les lieux et les temps, balancer l’attrait des avantages présents et sensibles, par le danger des maux éloignés et cachés. Les particuliers voient le bien qu’ils rejettent : le public veut le bien qu’il ne voit pas. Tous ont également besoin de guides : il faut obliger les uns à se conformer leurs volontés à leur raison. » (Du contrat social , II, VI).

Croire qu’il faut plus de démocratie participative, c’est croire que les maux de la démocratie viennent de ce qu’on ne donne pas assez le pouvoir au peuple... alors que la démocratie c’est déjà donner trop de pouvoir au peuple. Si la démocratie peine à entendre la voix du peuple, ce n’est pas parce qu’il est bâillonné, mais bien plutôt parce que, par définition, le peuple se laisse facilement manipulé et veut donc des choses contradictoires et inapplicables.

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