Ségolène et Nicolas : le populisme à l’ère du tout-communication

En France, la Présidentielle 2007 semble, sur le modèle des pires démocraties,
faire montre de la profonde accointance entre démocratie et démagogie.
Certes, le débat entre les idées politiques n’a jamais été et ne saurait jamais
être un pur débat intellectuel, dénué de toute communication. Cependant, le rapport entre
idées et communication semble s’être dangereusement inversé.
A l’heure où les hommes politiques n’avaient que peu conscience du poids de la communication médiatique,
on peut dire que les idées politiques avaient encore la primauté sur la communication.
On prenait bien soin de n’exposer son programme que sous un jour flatteur, mais on avait
un programme à mettre en avant. Par exemple, si on voulait faire baisser la protection sociale
et diminuer le nombre d’enseignants, on avait plutôt tendance à dire qu’on allait faire baisser
les impôts. A l’inverse, si on voulait augmenter les impôts, on avait plutôt tendance à dire qu’on
allait renforcer la protection sociale et donner plus de moyens à l’Education Nationale.
Mais le programme politique gardait l’antériorité sur sa communication.
Désormais, la lutte Royal-Sarkozy inaugure une vie politique au sein de laquelle on
choisit d’abord le candidat le plus médiatique, on publie d’abord sa vie privée dans
Voici,
puis on décide ensuite des idées à défendre. Si les études de marché le commandent, on peut être de gauche et défendre
des mesures nationalistes; on peut être de droite, voire en appeler aux électeurs d'extrême-droite, et se dire l'héritier de Blum et de Jaurès...
De sorte que la seule alternative à cette hégémonie communicationnelle soit à chercher
chez Bayrou ou Le Pen, c’est-à-dire, non pas chez des candidats qui ont un programme plus consistant
que les deux leaders des sondages, mais plutôt chez des candidats dont le programme se réduit à l’idée
de dénoncer la suprématie médiatique de leurs principaux rivaux.
Mais, finalement, cette élection est-elle autre chose que la mise en exergue d’un vice inhérent
à toute démocratie ? Dès lors que l’électeur a le droit de voter, sans pour autant se voir imposer le devoir
de s’informer, de rester vigilant quant aux programmes politiques qu’on lui propose ; il est normal que,
de l’autre côté de la barrière démocratique, les hommes politiques attirent son vote en flattant ses plus bas
instincts. C’est ainsi que Hitler, Pétain, Poutine, Bush, Chirac ou Berlusconi (sur des modes, évidemment,
bien différents) ont accès aux plus hautes fonctions. Et c’est ainsi qu’on accède au pouvoir au sein d’un
régime démocratique.
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